IHO |
Sylvie Noël | Laboratoire de média en réseaux |
Cette thèse est disponible à la bibliothèque de l'École polytechnique de Montréal.
Mots-clés: Écriture collective; Applications Web; Travail en équipe assisté par ordinateur; Travail en groupe
L'arrivée du Web a bouleversé la façon dont plusieurs personnes travaillent. En fournissant un accès presque instantané à de l'information distribuée un peu partout à travers le monde, le Web permet à des personnes qui ne se sont jamais rencontrées de collaborer ensemble.
Une activité qui peut profiter pleinement de toute technologie de soutien à la collaboration est l'écriture collective. Dans cette activité, des personnes doivent collaborer ensemble pour produire un document qui peut être aussi court qu'une lettre ou aussi long qu'un livre. L'arrivée de technologies de communication comme le téléphone, le télécopieur et le courrier électronique a simplifié la tâche de groupes oeuvrant sur des documents collectifs et a permis de diminuer le temps requis pour la production de ces documents.
Le but de ce mémoire est d'explorer la possibilité d'avoir recours au Web pour assister l'écriture collective en offrant aux utilisateurs une application leur permettant de travailler sur le document et de rester en contact facilement entre eux. Afin d'atteindre ce but, nous avons commencé par faire une revue de littérature sur les projets de recherche portant sur l'écriture collective, puis nous avons fait une étude comparative des principaux systèmes d'écriture collective existant sur les réseaux locaux (Local Area Network ou LAN) et étendus (Wide Area Network ou WAN) ainsi que des systèmes existant sur le Web. Enfin, nous avons entrepris une étude empirique sur les projets d'écriture collective.
L'écriture collective est une tâche complexe qui peut varier sur de nombreux paramètres. En plus des difficultés que pose l'écriture elle-même, l'écriture collective introduit tous les problèmes associés à un groupe de personnes cherchant à travailler ensemble : comment diviser le travail, comment comprendre les modifications introduites par les autres, comment résoudre les conflits interpersonnels, etc. Une difficulté accrue de ce type de projet est la grande variabilité qu'on peut retrouver à l'intérieur du même projet : le groupe peut se modifier en cours de route, de même que les méthodes de travail retenues par le groupe.
Malgré ces nombreuses difficultés, les chercheurs ont tenté, avec plus ou moins de succès, de développer des systèmes pour assister l'écriture collective. Mais ces tentatives semblent souvent vouées à l'échec, les systèmes demeurant sous-utilisés dans le monde du travail. Il existe plusieurs explications pour ces échecs. Un problème important est que la majorité des systèmes ne dépassent pas le stade de prototype. De plus, les logiciels sont développés pour un système d'opération particulier, ce qui les rend inutilisables par les personnes travaillant sur d'autres types d'ordinateurs. Il existe également des problèmes associés aux collecticiels en général, comme le coût d'abandonner un outil familier pour en adopter un nouveau qui est inconnu, l'augmentation de la charge de travail sans bénéfice accru et le fait qu'un tel logiciel n'est intéressant que s'il a déjà un nombre important d'utilisateurs.
Une tendance qui ressort en ce moment est de construire des applications Web (quelquefois appelées Webplications en anglais) pour des activités individuelles ou de groupe. Parmi les activités individuelles, on retrouve les sites bancaires, qui permettent des transactions dans les comptes, et les sites de commerce électronique, qui permettent des achats en-ligne. Parmi les activités de groupe, on retrouve des sites de gestion de projets, qui offrent des outils comme des calendriers de groupe, du bavardage, le partage de documents, etc., et des sites de présentations, qui permettent de faire des présentations de style PowerPoint, à distance. Les développeurs se tournent de plus en plus vers le Web comme support pour des applications parce qu'entre autres avantages, il leur offre un accès facile à une base imposante de clients potentiels.
Il existe différentes approches pour développer un système d'écriture collective sur le Web, et ces approches peuvent être catégorisées selon deux axes principaux. Dans le premier axe, les systèmes sont catégorisés selon l'endroit où le document est gardé et où l'utilisateur travaille sur ce document. Les catégories sont les suivantes : (1) le Web en tant qu'interface-utilisateur : l'utilisateur travaille sur le document qui est toujours stocké sur son ordinateur personnel et le Web ne sert qu'à tenir les membres du groupe en contact; (2) le Web en tant qu'entrepôt de documents : le document réside sur le serveur Web mais l'utilisateur l'importe dans son ordinateur personnel pour travailler dessus; et (3) le Web en tant que traitement de texte : le document réside en tout temps sur le serveur Web et l'utilisateur l'édite à l'intérieur de son fureteur. Dans le second axe, les systèmes sont catégorisés selon les modifications apportées à l'infrastructure du Web pour supporter les activités associées à l'écriture collective. Les catégories sont les suivantes: (1) les modifications au langage de balisage HTML; (2) les modifications à la machine client; (3) les modifications au serveur Web; et (4) les modifications au protocole HTTP.
Certains chercheurs ont déjà développé des solutions pour supporter l'écriture collective sur le Web, et certaines de ces solutions sont encore disponibles aujourd'hui. Malgré les possibilités intéressantes offertes par ces solutions, aucune d'entre elles ne contient les fonctionnalités que nous désirons incorporer dans notre système, soit la possibilité d'écrire des documents HTML directement sur le Web et de présenter ces documents de façon différente selon l'audience qui y a accès. Aussi, notre recommandation est de passer à l'étape de conception et de développement du système d'écriture collective basée sur le Web.
Avant d'entreprendre la conception d'un nouveau système, informatique ou autre, il est toujours bon d'étudier en profondeur comment les utilisateurs potentiels procèdent pour accomplir les tâches que le système doit soutenir. Cette information nous permet de mieux comprendre les besoins réels de ces utilisateurs potentiels. Il existe de nombreuses techniques pour obtenir cette information : études ethnographiques, questionnaires, analyses de tâches, etc. étant donné la complexité de la tâche d'écriture collective, nous avons choisi de mener une enquête auprès de personnes qui ont déjà participé à des projets d'écriture collective.
Le questionnaire que nous avons développé a été rempli par 41 personnes. Les résultats montrent que très peu de personnes ont recours à des collecticiels lorsqu'ils travaillent sur de tels projets. La méthode de travail qui ressort est d'employer un traitement de texte mono-utilisateur (Microsoft Word est le favori) et de maintenir le contact avec les autres membres en ayant recours principalement au courrier électronique, aux rencontres face à face et au téléphone.
D'autres résultats obtenus indiquent que la majorité des groupes d'écriture collective sont petits et qu'un bon nombre des groupes perdent ou ajoutent des membres au cours du projet. Le même groupe peut persister sur plusieurs projets. Environ les deux-tiers des groupes ont un chef, qui est choisi le plus souvent par quelqu'un de l'extérieur du groupe. Ce chef s'occupe surtout du document, d'établir l'horaire et de coordonner les activités des membres.
La durée des projets varie énormément (de quelques jours à un an), ainsi que le temps que les participants consacrent à ce projet dans une semaine. La majorité des projets ont une date butoir et un bon nombre de répondants indiquent qu'un horaire collectif a été établi à l'intérieur du projet.
La majorité des groupes établissent un plan de travail au début du projet mais ce plan est très souvent modifié en cours de route. Les personnes travaillent surtout sur le document de façon asynchrone, mais quelques personnes utilisent aussi une stratégie d'écriture synchrone. Parmi les problèmes les plus souvent mentionnés sont les pannes d'Internet, le contrôle de la version et la manipulation d'un document trop long.
Les personnes participent à un projet d'écriture collective principalement pour obtenir un meilleur document final, pour faciliter leur tâche ou pour avoir un appui social. Par contre, l'écriture collective peut rendre leur tâche plus difficile et les relations sociales peuvent être difficiles à gérer.
Lorsque sollicités pour des conseils, les répondants suggèrent principalement d'avoir quelqu'un en charge, d'établir et d'imposer un bon plan et de bien choisir les membres du groupe. Quant à l'outil idéal, les répondants suggèrent surtout de permettre un accès synchrone au document, d'assurer un bon contrôle des versions et d'avoir une communication facile.
Ces réponses et les réflexions faites par les chercheurs dans le passé nous ont permis d'établir une liste de fonctionnalités qui devraient être incluses dans un système d'écriture collective idéal, qui peuvent être subdivisées en quatre : suggestions portant sur le document, sur le groupe, sur la méthode de travail et sur la technologie.